Les empreintes jumelées, la Daguin historique :

 

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Addenda et MAJ

Tout commence par une énigme philatélique... où il est question d'empreintes de Toulouse, voici le début de l'ouvrage :

Le cas dont je vais entretenir le lecteur est philatéliquement inexplicable, il constitue non pas une exceptions aux règles d'oblitération comme le sont par exemple les cachets de fortune, mais une curiosité dont on distingue mal l'origine et la signification.

Le receveur du bureau central de Toulouse était-il un maniaque, un de ces vieux partisans du second Empire défunt et de ses méthodes, qui, ne pouvant se résoudre à abandonner le système de double frappe courant jusqu'en 1876, a continué à le faire sur le type Sage jusqu'à la fin du siècle d'une façon, il faut bien le dire très contraignante, et, qui pouvait passer cependant inaperçue à bien des yeux.

Pourquoi cette multitude de cachets différents pour le bureau de Toulouse, alors que d'autres villes plus importantes avaient un type uniforme et invariable pour chaque guichet ?

...A Toulouse au contraire, nous assistons à un timbrage extrêmement fantaisiste et inattendu; il est presque exceptionnel de rencontrer la double frappe avec un seul cachet, on a utilisé un cachet pour oblitérer le timbre et un autre pour oblitérer l'enveloppe, ce dernier parfois presque identique au premier, soit différent : (Août en italiques).

...Celui-ci disposait de deux composteurs à centre mobile entouré d'une légende fixe :

a) TOULOUSE Qier DE LA BOURSE

b) TOULOUSE QUARTIER DE LA BOURSE

Article visible dans Timbres Magazine
N°184 de Décembre 2016

Le type "a" fut-il jugé moins lisible que le type "b", pour que l'on ait jugé utile de compléter Quartier en entier ? mais alors pourquoi le maintien dans le service d'un cachet périmé et l'emploi simultané du nouveau et de l'ancien.

...Cependant le problème reste entier pour les différences de format, du cachet, du millésime, de l'année, des chiffres, des caractères formant la légende, etc...

Les postiers des bureaux de Toulouse ont-ils obéi à un ordre administratif, c'est improbable, cet ordre s'il avait existé aurait eu pour but de régulariser le service, de le simplifier et non pas de le compliquer sans motifs.

Notre conclusion ne sera donc pas une solution mais une simple constatation des faits. Ce qui s'est passé au bureau de Toulouse le saura-t-on jamais, et l'imagination du lecteur toujours avide d'inconnu saura-t-elle se contenter des quelques faits épars que j'ai pu réunir pour l'intéresser ?

Ainsi Gély avait remarqué les différences entre deux oblitérations simultanées sur le support, sans remarquer cependant la similitude d'écart entre ces empreintes différentes, ce qui aurait pu le rapprocher de la vérité.

Cependant, il semble que ce soit Maury dans le Collectionneur de Timbres-poste, N°105 de juillet 1889, qui le premier, signale la machine Daguin (et même en août 1887, dans le N°82, il reproduit l'extrait du livre de Paulian, la Poste aux lettres, concernant l'oblitération avec la machine Daguin, et reproduit la gravure visible en fond de cette page).

Oblitération : Nous avons en France la machine Daguin qui frappa d'un coup deux timbres à date, l'un pour l'indication du bureau de départ et l'autre pour l'oblitération du timbre-poste; les américains croient faire mieux et se servent d'un cachet humide pouvant oblitérer cinq timbres à la fois, c'est à dire toute la largeur d'une enveloppe ordinaire...

Si le Dr Goubin avait eu entre les mains cet article, il aurait éloigné les doutes existant encore en 1963.

Les premiers articles semblent avoir été écrits dans le Monde des Philatélistes en 1953 par le Docteur Goubin, mais il s'agissait des oblitérations avec flammes.

Cependant dans le même numéro de la revue, J.P. indique : notons également le système astucieux d'un postier du bureau de la place de la Bourse, qui en 1888 avait lié deux des cachets à date du bureau ensemble, pour ne frapper les lettres qu'une seule fois au lieu de deux, l'un de ces cachets tombant sur le timbre et l'autre sur l'enveloppe. C'est le parallélisme parfait des deux cachets qui nous a mis la puce à l'oreille, et surtour que les deux cachets n'étaient pas rigoureusement identique.

Les Feuilles Marcophiles

C'est dans Les Feuilles Marcophiles N°133 de février 1961, que Louis Goubin propose un article sur les tàd jumelés, avec une liste de 113 bureaux de poste ayant utilisés ce système.

Dans le N°141 d'octobre 1961, Pierre Guerrier commente l'article de M. Goubin sorti dans le N°133 de la même revue.

Il présente une liste de dates récoltées dans ses propres collections, afin de compléter la liste de M. Goubin.

Il dit connaître 3 procédés en laissant à penser qu’il pouvait en exister d’autres.

1° La machine Daguin modifiée, comme prouvé par M. Goubin.

2° Les « tampons liés » certitude de leurs utilisations par l’auteur.

3° Machine à main utilisée notamment au bureau de Marly-le-Roi (il y a une dizaine d’années).

Voici un croquis d'un de ses exemples :

Le Bulletin Philatélique du Midi

C'est donc le Dr Goubin qui va faire avancer les connaissances sur les oblitérations Daguin, avec un premier article dans Le Bulletin Philatélique du Midi, N°246 de février 1963 :

Le problème des empreintes jumelées en France, de 1884 à nos jours. ...Je parlerai donc des empreintes jumelées qu'on trouve sur des plis postés en France de 1884 à nos jours...Quand j'eu découvert les empreintes jumelées, j'apris qu'un pionnier m'avait devancé dans ces broussailles que je croyais vierges. André Gély avait publié une plaquette... en lisant celle-ci, je m'aperçus qu'il n'avait pas tout dit, parce qu'il n'avait pas tout vu, Dr L. Goubin.

Dans le N°247 : Un nom est bien tentant : c'est la machine Daguin et le fait est que cette machine a réellement - c'est prouvé - produit certaines de nos empreintes jumelées. Malheureusement les savants historiens des postes françaises nous disent que la Daguin ne fut mise en service qu'en 1898, ce dont je dois le dire, je ne suis pas entièrement convaincu. par le Dr. L. Goubin.

Le Dr Goubin signale connaître à ce jour 152 bureaux de Poste ayant utilisé ce système, et pense qu'il en existe encore autant.

Pour faire suite, P. de Lizeray indique un complément d'information, suite à un article du Bulletin du G.P. de la Manche à Granville qui affirme que la machine Daguin ne date que de 1898 :

Je viens de recevoir le livre de Louis Leroy : Histoire du timbre-poste francais, de 1892, dans lequel ont peut lire page 114 :

"Enfin, au mois de mars 1876, l'unification s'opère dans le procédé d'oblitération et, depuis cette époque, les t.p. sont, sans distinction de nature de correspondances, annulés au moyen du timbre à date, dont la machine à timbrer Daguin facilite aujourd'hui l'application correcte, en frappant d'un seul coup les lettres d'une double empreinte portant, l'une sur le timbre-poste, et l'autre sur la suscription".

P. de Lizeray espère donc trouver le brevet Daguin afin de connaître sa date de lancement.

Dans le N°249 : Le mystère des empreintes jumelées s'éclaircit

Georges Naudet signale le livre de Louis Paulian, La Poste aux lettres, dans sa 3eme édition*, page 85, paru en 1892 indique :

"... L'Administration, dans ces dernières années, vient-elle de remplacer le timbrage à main par le timbrage mécanique. A la suite d'un concours qui eut lieu sous le ministère de M. Cochery et auquel furent appelés divers constructeurs français, l'Administration des Postes a adopté une machine des plus ingénieuses, connue sous le nom de machine Daguin.

Une note en bas de la page précise que :

La machine Daguin existe à Paris dans tous les bureaux et, en province dans les bureaux des villes de 5000 âmes; petit à petit, elle sera installée dans toutes les recettes de poste en France. La machine Daguin fonctionne également en Belgique, en Suède, au Chili et en Autriche.

Dans le N°251 : Le Dr Goubin dit : L'énigme qui pesait sur nos empreintes jumelées se trouve maintenant résolue. Malgré l'opinion unanime des auteurs, qui situait autour de 1900 l'apparition de la machine Daguin, nous pouvons désormais prouver qu'elle a été mise en service en 1884 (probablement au mois d'août), après avoir été soumise à des essais à la Recette Principale de la Seine au cours du premier semestre 1884 et peut-être même, avant d'heureux perfectionnements, dès 1882.

Le 27 juin 1881, Eugène Daguin se faisait délivrer un brevet d'invention pour une machine à timbrer et oblitérer, puis, les 15 janvier, 28 avril et 4 décembre 1883, obtenait des certificats d'addition relatifs à des perfectionnements apportés à sa machine. En janvier 1884, la machine était en cours d'essais à la R.P. de la Seine.

En août de la même année, un journal officieux pouvait écrire : "Le timbrage mécanique... va être étendu successivement dans les divers bureaux de poste importants". (Rappelons que les deux plus anciennes dates actuellement connues d'empreintes jumelées Daguin portent les dates respectives des 30 septembre et 3 octobre 1884).

La machine fut répandue assez rapidement. L'examen du compte général du Matériel montre qu'il en fut distribué 687 exemplaires jusqu'au 31 décembre 1889. Comme nous ne connaissons encore d'empreintes jumelées que dans 168 bureaux, il en reste beaucoup à découvrir.

D'autres machines seront livrées jusque dans les années 1950. (Ma base comprend aussi bien les machines Daguin utlisées en solo, jumelé et flamme, et le nombre de bureaux recensés dépasse les 1500).

* Louis Paulian, La Poste aux lettres, l'édition de 1887 comporte déjà cette information, ainsi que la photo, il s'agit de la 2eme édition, (je possède cet ouvrage sans l'indication d'édition, cependant, il semble que la première édition est en réalité une suite d'articles édités dans Le Journal de la Jeunesse de juillet 1885 à 1887).

Evolution de la répartition des machines Daguin avant 1900

 


Dernière mise à jour : lundi 16 mai 2016